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Pour une théorie de l'information générale

 
Avant Propos
2008-09-01 / 2009-08-10


p.1Ce travail a commencé il y a plus de dix ans par la recherche des liens qui unissent les êtres humains en société. Je m’intéressais surtout au processus de socialisation. Ce n’est donc pas une interrogation nouvelle. Pour cela, j’ai été conduit à réorienter plusieurs fois mes recherches. Je me suis tout d’abord dirigé vers la sociologie disons classique, y compris dans son orientation marxiste, puis, après un certain désabusement, je me suis promené en anthropologie. J’ai donc été faire un « terrain », comme on dit, chez les Inuit du Nouveau-Québec, dans le village de Povungnituq. J’ai appris les rudiments de la langue inuit, mais mon travail se passa surtout en anglais. J’ai appris là beaucoup de choses inattendues et désappris encore davantage. Les circonstances de ma vie m’ont alors empêché de terminer la thèse commencée. Il se peut que cela fut un bien. J’ai alors quitté le Canada pour m’installer en France, mon pays de naissance, pendant quelques années. C’est là que je poursuivis mes recherches tout en enseignant dans deux grandes écoles françaises en qualité de chargé de cours. J’ai eu la chance d’y enseigner l’objet même de mes recherches : les théories de l’information et de la communication.
p.2La lecture de Bateson, que j’avais commencée bien avant, a été déterminante. Celle de McLuhan aussi, mais dans une moindre mesure. Je décidai alors, à une certaine étape de mon travail, de résoudre toutes les questions que Bateson s’était posées vers la fin de sa vie et qu’il exposa dans un livre qui m’a profondément bouleversé : Mind and Nature. Bateson m’est immédiatement apparu comme un penseur qui remettait en question un certain nombre de choses considérées comme acquises. Je lisais donc ceux qui, aux états-Unis, étaient connus comme « the invisible college » de Palo-Alto et qui avaient eu Bateson comme mentor. Mais leur lecture me parut bien terne à côté. Aucun ne semblait vraiment saisir les interrogations fondamentales que Bateson avait soulevées. La pensée de Bateson devint, pour eux, un gadget pour faire de l’argent facile.
p.3Au fur et à mesure que mon travail se poursuivait, les questions qui me vinrent devenaient de plus en plus complexes. Je voulais comprendre comment les hommes s’y prenaient pour construire une société ; comment même la société a-t-elle pu s’extraire de l’animalité, d’où le langage venait-il ? et la pensée ? Quelle est toute cette effervescence que l’on constate sur la Terre ? De plus en plus d’êtres humains, des sociétés qui changent de plus en plus vite, etc. Tout cela a-t-il un sens ? Y a-t-il une logique qui permet de comprendre l’ensemble de ces phénomènes ? Et que pourrait bien signifier comprendre ces phénomènes ?
p.4Je décidai donc d’étendre mon interrogation. Ma formation scientifique et pluridisciplinaire antérieure aidant ma curiosité, j’entrepris de retravailler la physique, la biologie, la génétique, les mathématiques, la logique. Je découvris une parenté inattendue entre les interrogations d’Einstein et celles de Bateson. Ou peut-être ne fut-ce qu’un procédé de bissociation comme le décrit Arthur Koestler dans Le cri d'Archimède. Les deux me semblaient rechercher une logique générale. Mais le premier se limitait aux phénomènes dits « physiques » et le second aux phénomènes dits « vivants ».
p.5Je m’enquis alors de réunir les deux approches en recherchant leurs prémisses communes. Je me rendis compte que les paradigmes sur lesquels nous nous appuyions pour construire notre intelligibilité conduisaient à des impasses que l’on appelle paradoxes. Aucune des sciences actuelles n’y échappe. Je me rendis compte aussi que la société, entant que phénomène naturel, était certainement le plus complexe que nous connaissions. Pourtant, curieusement, ceux qui faisaient profession de l’étudier, et j’en faisais partie, apparaissaient certainement les moins préparés, non seulement à reconnaître ce point de vue, mais aussi à répondre àla difficulté. Car le phénomène le plus complexe de la nature est paradoxalement considéré comme ne faisant pas vraiment l’objet d’une vraie science. Ou alors comme d’une science « molle », en opposition aux sciences dites « dures » ou « exactes » que sont la physique, la chimie, la biologie. Notre ensemble paradigmatique actuel nous conduisait donc à un autre paradoxe : plus le phénomène qu’on étudie est complexe, plus les gens qui s’en occupent reçoivent une formation simple, eu égard à l’appareillage logique qu’elle utilise. De fait, les sciences dites humaines ou sociales sont encore davantage considérées comme des activités littéraires que comme des activités scientifiques. Leur statut de science apparaît plutôt, pour les autres sciences, comme une usurpation ou, au mieux, une concession réservée.
p.6Mes investigations me menèrent alors à remettre en question le paradigme réductionniste partagé par tous, même par ceux qui s’en défendent ; paradigme selon lequel la sociologie se réduit à la psychologie, cette dernière à la biologie, celle-ci à la chimie et la chimie à la physique. Car selon ce point de vue, il y aurait un but final dans la science qui serait de proposer une théorie unifiée, une Theory of Everything, comme on dit en anglais. Voici d’ailleurs, pour ceux qui en douteraient, ce que disait S. W. Hawking, encore récemment : My goal is simple…It is a complete understanding of the universe, why it is as it is and why it exists at all 1.
p.7Mr Hawking, successeur de la chaire de Newton, s’est-il jamais posé la question de savoir ce qui pourrait bien advenir s’il parvenait à son but ?
p.8Cette naïveté épistémologique me déroutait mais le fait qu’elle était partagée par la plupart des physiciens que je côtoyais me dérouta encore davantage. Ils pensent que la science a un but final qui est de tout comprendre ou, à tout le moins, de se rapprocher le plus près possible de cette compréhension ; celle-ci étant conçue, dans cette perspective, comme un processus d’identification progressive de l’esprit humain avec la nature elle-même.
p.9C’est précisément cette idée que je décidai d’interroger avant de poursuivre mes recherches. La question qui me vint à l’esprit fut alors la suivante : qu’est-ce que l’émission d’une idée de l’univers dans l’univers ? Cette question déclencha une avalanche d’autres interrogations. Et j’en vins alors à examiner nos idées comme Buffon et Lamarck avaient examiné les espèces animales. Puis il en fut de même pour les modes d’interaction des hommes en société, puis des sociétés elles-mêmes, etc. La question du statut épistémologique de la pensée dans le monde devint capitale, et je revenais alors, après un long détour, à l’interrogation que Bateson s’était posée dans son dernier livre Mind and Nature : What is a mind ? Cependant, je réalisais que Bateson ne pouvait pas, compte tenu des prémisses sur lesquelles il s’appuyait, résoudre le problème. Ce sont donc sur les prémisses que je devais me pencher, mais je ne savais pas ce qui m’attendait.
p.10Je voudrais remercier tous ceux qui, responsables administratifs, organisateurs de colloques et de conférences, professeurs, collègues, étudiants et amis ont participé, directement ou indirectement, à la réalisation de ce travail. Je ne voudrais surtout pas oublier Heinz Wismann, professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et à l’Université de Heidelberg, premier lecteur de mon travail et co-directeur de l'édition du Promeneur d'Einstein avec Joseph Lévy, professeur à l'UQAM. De trop rares, mais combien fécondes, discussions que nous avons eues ensemble, sa profonde connaissance des textes anciens et philosophiques en général ont fait que je lui suis redevable de m’avoir éclairé sur la situation de ma propre démarche dans l’histoire de la pensée. Je lui dois aussi les encouragements qu’il m’a immédiatement prodigués et dont je ne saurais dire combien ils m’ont stimulé dans la poursuite de mon travail. Merci au docteur Jacques-Antoine Malarewicz, psychiatre, responsable de la présente publication. Son accueil immédiatement enthousiaste pour mon travail m’a été d’un grand réconfort. J’ai trouvé chez lui une chaleur humaine dont la qualité se reflète dans la résolution des très difficiles problèmes humains dont je sais que ses patients ont bénéficié. J’ai découvert avec lui un grand thérapeute à l’écoute attentive des souffrances humaines. J’ai aussi gagné un ami.


1. Mon but est simple… C’est une complète compréhension de l’univers, pourquoi il est finalement comme il est et pourquoi il existe  ; Boslough, Beyong the Black Hole, The Stephen Hawking Universe, 1984, p.74
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