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    Chapitre 1    
Projet
2008-10-26 / 2011-03-12


Prenons un exemple de forge métier : plusieurs collectivités territoriales se réunissent pour faire développer un logiciel de gestion de cimetière. Groupe de travail, cahier des charges, mise en commun des fonds, commande à des développeurs et prestataires en logiciel libre et naissance de OpenCimetière ! Disponible évidemment pour l’ensemble des collectivités territoriales.
Imaginons maintenant plusieurs éditeurs ayant besoin d’harmoniser leur fabrication papier avec leur production électronique en interne : interfacer les outils traditionnels de mise en page et des outils de structuration et de production électronique spécialisés pour n’avoir qu’un seul processus de production. D’autant que ces éditeurs veulent pouvoir structurer leurs documents relativement à leur domaine éditorial (sciences, histoire, technique, pratique...) et pouvoir ensuite diffuser leurs livres sur différentes plateformes et portails aux exigences techniques variées (telle ou telle DTD) : en ePUB, Html, XML...
Exemple de besoins concrets :
Assurer une interface entre ses outils de fabrication papier et électroniques ;
Créer sa propre DTD et la mettre en production dans son outil de structuration ;
Créer une extension de communication entre ses livres numériques (Html) et un nouveau réseau social ou professionnel ;
développer un outil de mise à jour de ses livres d’une version antérieure à une version actualisée ;
assurer un nouveau protocole de communication ou un espace de description de données en accord avec de nouvelles requêtes en ligne ;
...
Dans chaque cas les questions qui se posent seront les suivantes :
Où trouver les logiciels disponibles (rassemblés, décrits, annotés, documentés) ?
Comment juger de chacun d’entre eux (ces éditeurs n’ont pas de « département informatique ») ?
Comment mettre tel ou tel outil en production, comment l’interfacer avec ses autres logiciels (ils ne font pas tous partie de la même « suite logicielle ») ?
Comment l’adapter à ses besoins précis ?
Comment maintenir des outils pertinents face à l’évolution rapide des normes et modes d’exploitation ?
Et enfin, comment financer ce travail ?
Une forge « Métiers du livre » a pour vocation de répondre à l’ensemble de ces questions dans le domaine du livre.
De telles forges, bien qu’elles ne s’identifient pas comme telles, existent dans des domaines non concurrentiels (ou en tout cas fonctionnant sur des fonds publics) : les laboratoires et autres départements universitaires mutualisent réflexion et travail pour le bien de la publication académique et savante. Pourquoi cela ne se ferait-il pas entre acteurs privés d’un même métier ? Avec les avantages suivants :
un avantage économique : mutualiser les coûts de maintenance des outils de fabrication ;
un avantage métier : être au fait et maître de ses outils métier.
Figure 1.1 - Interactions au sein d’une forge éditoriale.

1.1 Qu’est-ce qu’une forge éditoriale ?

C’est une place de marché qui réunit les acteurs des métiers du livre dans le but de mutualiser leurs fonds pour constituer, maintenir et promouvoir un patrimoine de logiciels libres métiers dans les domaines touchant à l’édition.
La première et unique forge métier existant en France actuellement a été montée par et pour les collectivités territoriales dans un objectif d’optimisation de l’utilisation de fonds publics à des fins de service public (http://www.adullact.org).
Une forge « métiers du livre » telle que nous l’envisageons ici pose des questions particulières car elle suppose de réunir des acteurs privés aussi bien que publics pour la production d’outils destinés à tous. Or il peut paraître contre-productif pour un éditeur privé d’investir des fonds dans la production d’outils dont ses concurrents commerciaux pourront bénéficier librement. Il faut cependant considérer les arguments suivants :
La spécificité des éditeurs repose sur les fonds littéraires et non pas sur les outils.
Tous les éditeurs investissent aujourd’hui des sommes considérables en frais de licences pour des outils métiers non libres que chacun possède également. Sans avantage concurrentiel par conséquent.
La plupart des éditeurs et acteurs du livre n’ont pas les moyens de payer le développement d’outils maisons leur donnant un réel avantage concurrentiel.
Le cas échéant, la maintenance d’outils maison demande des investissements, un travail de veille et une vision à long terme très importants.
L’émergence de l’exploitation électronique des livres oriente le marché vers la vente de services autour du livre. La vente d’exemplaire prédomine encore aujourd’hui mais peut se développer également vers la vente d’abonnements de lecture en ligne, des services d’annotation et de partage, de lien vers les réseaux sociaux et professionnels, etc. Les outils en la matière se multiplient. Les supports de lecture, normes de structuration et protocoles d’exploitation également. Tous ne vont plus cesser d’évoluer avec les technologies réseau et cela va demander aux éditeurs de faire évoluer leurs outils en conséquence, avec ce que cela peut représenter comme coût dans le cas d’outils non mutualisés.
La mutualisation et la maîtrise des outils de production sera la force des éditeurs de demain. Une force sans laquelle le traitement et l’exploitation de leurs fonds seront petit à petit remis à des entreprise du Cloud, seules capables en apparence d’offrir l’évolutivité de services recherchée par les lecteurs.
Les outils financés par les uns bénéficieront aux autres et vice versa.
Les acteurs publics du livre pourraient jouer un rôle particulièrement moteur et entrainant dans la mise en place d’un tel projet.
Une forge métier est un concept nouveau. L’Adullact et son fondateur M. François Élie en ont l’expérience et sont prêts à la partager. Un certain nombre de propositions rédigées ci-dessous sont inspirées ou reprises du discours d’orientation générale prononcé par M. Élie lors de la fondation de l’Adullact, en 2002. Vous trouverez en archive les statuts et règlement intérieur de l’Adullact, dont une forge « métiers du livre » pourrait s’inspirer. Ces documents sont librement utilisables.

1.2 Le principe

Aux acteurs de l’édition, donc, de demander et de financer, une seule fois et pour tous, les développements dont ils ont besoins, en mutualisant la demande métier plutôt qu’en attendant l’offre des développeurs (et en payant chacun pour la même solution). Ce projet consisterait à réunir en un même lieu (plateforme) :
les « clients » (éditeurs publics et privés, libraires, imprimeurs…) exprimant en concertation (groupes de travail) des besoins communs (ou particuliers) de développement logiciel pour répondre à leurs différentes problématiques,
les ressources techniques (logiciels libres) disponibles en fonction des besoins métier (production, archivage, exploitation, localisation…) et le lien vers les développeurs exprimant un savoir-faire individuel ou collectif (d’où l’importance du logiciel libre pour des questions d’interopérabilité et d’évolutivité).
on ne peut utiliser que les logiciels qui existent ! 1.

1.3 Logiciel libre

Pour satisfaire les contraintes d’interopérabilité et d’évolutivité indispensables pour produire, maintenir et exploiter de façon pérenne un patrimoine littéraire, ce patrimoine logiciel devra respecter les standards et les protocoles ouverts, (publiquement documentés, librement utilisables et implémentables) et sera librement utilisable, copiable, modifiable et redistribuable pour quiconque sans aucune discrimination.

1.4 À qui s’adresse un tel projet ?

Les acteurs publics et privés des métiers du livre : éditeurs, imprimeurs, prestataires de services aux éditeurs, libraires, entreprises et institutions ayant des besoins d’édition (rapports, thèses, manuels...).

1.5 Enjeux

Garder la maîtrise des outils et, par extension, des sources et fonds éditoriaux. Ne pas dépendre de l’offre des développeurs ni des prestataires.
Payer 1 seule fois, collectivement,
Développer des outils spécifiques et non seulement génériques,
Favoriser l’interopérabilité entre les outils,
Réunir les compétences face à une informatisation et une complexification de plus en plus forte des outils, normes et formats.

1.6 Organisation

1.6.1 Une association

Une association regroupe tous les acteurs des métiers du livre désirant mutualiser leurs demandes et leurs fonds en vue de faire développer des outils communs.
adhérents,
groupes de travail (définition des besoins),
administration des fonds et de la mutualisation,
sélection des projets logiciels pertinents sur la forge logicielle. Définir des catégories = Rédaction, structuration XML, OCR, traduction, correction, annotation, recherche de contenus, production multi-formats, GED, workflow documentaire, exploitation en ligne, sécurité, marquage, graphisme, traitement de photos, extraction de PDF..., Définir des métiers = édition scolaire, littéraire, scientifique..., Définir des besoins = édition papier, réseau, smartphone et tablettes...

1.6.2 Une forge logicielle

Cette association administre une forge logicielle sur laquelle sont accueillis les projets logiciels pertinents pour répondre à ces besoins métiers. L’asociation Adullact, forge métier destinée aux collectivités territoriales préconise l’utilisation du logiciel de forge FusionForge, logiciel libre pour lequel cette association a fait développer des modules spécifiques à un tel projet.

1.6.3 Des forges logicielles liées

Dans le cas où des projets logiciels possèdent déjà leur propre forge un lien dynamique renvoie de la forge éditoriale vers ces forges logicielles. Cependant ces projets sont tenus de tenir leur espace à jour sur la forge éditoriale (sources, actualités, téléchargements).

1.7 Moyens

Une telle forge demande à minima un administrateur de l’association et un webmaster gérant le serveur, le site de l’association et la forge logicielle.

1.8 Tâches

1.
mutualiser les développements existants, en les rendant homogènes et compatibles, interopérables.
2.
définir une charte de qualité commune dans les cahiers des charges pour des appels d’offres mutualisés. Les membres feront développer ensemble des logiciels libres qui viendront grossir le patrimoine commun.
Première tâche : Recenser l’existant -
Recenser ce que les membres sont prêts à partager dans leurs développements maison, et ce qui existe en libre pour répondre à leurs besoins pour réaliser à grande échelle et dans les domaines des métiers. Cela suppose un travail juridique sur la licence. Nous aurons besoin des spécialistes qui sont dans les associations de logiciel libre.
Deuxième tâche : On homogénéise (et on en profite pour définir des normes et un cahier des charges).
Cela suppose des choix stratégiques en matière de développement, que nous aurons à conduire avec les meilleurs spécialistes parmi les membres associés et aux sein des adhérents.
Troisième tâche : On organise le maintien et la survie de ce patrimoine. L’association sera une maison à trois étages :
1.
un ATELIER, ouvert à tous, avec du développement coopératif.
2.
un MAGASIN, ouvert aux membres, avec des paquetages (logiciels, extensions, ad-ons...) tout propres. Pourquoi adhérer ? Pour accéder directement au magasin, sans passer par la backdoor. Mais on peut ne pas adhérer et trouver les logiciels. Nous aurons besoin de l’effort de tous pour convaincre les membres potentiels de participer à ce mouvement quand même !
3.
un GRENIER, avec les paquetages qui ont, disons, plus d’un an ou deux. Ouvert à tous.


1. François Élie, «  L’économie du logiciel libre", Eyrolles 2008, en ePUB, PDF, Html zip, avant-propos
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